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Interview de Denis Robin (Agritubel)

Publié le 12/12/2005 10:40

Interview de Denis Robin : "je ne voulais plus entendre parler de vélo. J'ai failli ne plus remarcher et même y passer..."
Interview de Denis Robin : "je ne voulais plus entendre parler de vélo. J'ai failli ne plus remarcher et même y passer..."

Passé professionnel au début de la saison 2005 dans l'équipe Agritubel, Denis Robin n'a pas goûté longtemps aux joies d'être coureur. Il est tombé dans la seconde étape du Circuit de la Sarthe, alors que l'épreuve arrivait chez lui, à Angers. Une grave chute survenue aux portes de sa ville natale. Empêtré dans les barreaux d'une barrière métalique, Denis Robin a dû tirer un trait sur sa première saison pro, victime d'une luxation de la deuxième et de la troisième vertèbre cervicale ainsi que d'une fracture fermée du fémur droit. Après huit mois de galère, l'Angevin s'apprête à reprendre sa carrière. Avec une nouvelle vision de la vie.
Denis, dans quel état êtes-vous huit mois après votre accident ?
"Psychologiquement tout va bien. Normal après un mariage et un voyage de noce magique, ça ne peut qu'aller ! Ce qui a été loin d'être le cas ces derniers mois."

Par quels états d'âme et états physiques êtes-vous passé ?
"Tout d'abord, je ne voulais plus entendre parler de vélo. Je voulais juste remarcher et revivre des moments de tous les jours avec ma femme. J'ai failli ne plus remarcher et même y passer... Un mois après l'accident, je reparlais un peu de vélo. J'ai eu un corset pendant deux mois, des séances de rééducation tous les jours jusqu'à fin novembre. Osthéo, psychologue, bref j'ai rencontré beaucoup de monde que j'aurais préféré ne pas rencontrer, désolé pour eux."

Quelles sont les prochaines étapes ?
"Il faut que j'essaie d'enchaîner les efforts pour revenir à un niveaux correct, tout en prenant du temps pour que le corps se réhabitue aux efforts. Ensuite viendra le deuxième stage du 6 au 18 janvier, ce qui conditionnera mes premières courses en février ou mars suivant la forme."

Avez-vous eu peur de ne pas revenir ?
"Juste après l'accident j'ai eu peur de ne pas remarcher, mais le diagnostic étais plus grave que ça, les médecins pensaient surtout à me sauver la vie. Je n'en avais pas conscience. Ma femme, ma famille, mes amis, eux oui. Demandez-leur ! Donc de refaire du vélo était secondaire. Maintenant que je suis en vie et que j'ai retrouvé une bonne partie de ma mobilité, je veux croquer la vie sans me prendre la tête dans la vie de tous les jours et dans le vélo tout en restant sérieux."

Comment se sont passées les premières heures de selle ?
"Elles se sont passées sur un vélo d'appartement au bout de deux mois. J'avais chaud, je ne pouvais pas regarder devant moi car j'avais mal au cou. Mon fémur me faisait mal mais j'étais heureux de pédaler à nouveau. Puis j'ai recommencé sur route avec mon VTT au mois d'août."

Vous avez côtoyé Maryan Hary à Capbreton. Partager les moments difficiles avec un autre cycliste, ça aide ?
"On a pu parler de nos expériences malheureuses et j'ai pu reparler pour la première fois avec un coursier, ça m'a fait le plus grand bien. Nous étions en contact avec d'autres sportifs, tous à Capbreton pour retrouver un niveau. Il y avait une certaine émulation."

Un tel arrêt, à ce moment de votre carrière, permet-il de se focaliser plus sur l'après-vélo ?
"J'ai eu la sensation de ne servir à rien pendant longtemps et peur de ne pouvoir retrouver un bon niveau. J'ai plus pris conscience du danger de notre sport. Après une gamelle pareille, ça fait bien sûr réfléchir. Je me suis posé la question de tourner la page. Je sais ce que je veux faire après le vélo mais pour le moment j'ai ça dans le sang. Chaque chose en son temps ."

Quel sera votre programme durant la saison 2006 ?
"Si j'ai le niveau, ce sera Classic Haribo, Tour de Murcie, Classic Loire-Atlantique, Cholet-Pays de Loire, Route Adélie, et bien sûr le Circuit de la Sarthe..."

L'intersaison a été mouvementée avec les affaires et surtout le duel entre les grands tours et l'UCI, qu'en pensez-vous ?
"S'il y a des tricheurs il faut les punir et faire en sorte qu'ils ne reviennent pas dans le vélo, c'est le seul moyen de faire le ménage. Je suis peut-être naïf, je crois en un sport propre sinon je ne ferais pas ça. Malgré la discorde qui les opposent, les grands tours ont quand même présenté au départ les vrais champions alors pourquoi adhérer au ProTour : pour que les équipes présentent leurs meilleurs équipes à chaque course ProTour tout au long de l'année, et on veux éliminer le dopage..."

L'absence d'Agritubel du Tour 2005 a été ressentie comme une petite injustice, comment voyez-vous les choses pour 2006 ?
"Agritubel a prouvé en début de saison qu'elle avait sa place pour participer au Tour. Pour un sponsor passionné de vélo c'est dur à accepter. Ce n'est pas encourageant pour les amoureux du vélo, et si ça continue, ce sera difficile de voir naître de nouvelles équipes. Aujourd'hui pour avoir l'assurance de participer au Tour, il faut non seulement faire partie du ProTour mais également allonger des sommes colossales et en plus il n'y pas que le Tour. "

Comment décririez-vous l'ambiance dans l'équipe Agritubel ?
"Cela reste une ambiance familiale malgré les coups durs qu'il peut y avoir. Les coureurs s'entendent bien entre eux et je pense être dans la meilleure équipe que je pouvais souhaiter pour pouvoir refaire surface en 2006 avec comme anciens coureurs devenus directeurs sportifs Denis Leproux et Manu Hubert et les patrons pour qui je travaille pour la troisième année, David et José Fornès. Preuve d'une certaine confiance."

Comment juger cette saison 2005 pour Agritubel, et comment jugez-vous le recrutement 2006 ?
"L'équipe a fait un bon début de saison. Elle a coincé un peu au moment de la non-sélection au Tour puis s'est reprise pour bien terminer la saison. Le recrutement a été fait de façon à ce que l'équipe soit bien équilibrée avec un leader en plus, Juan-Miguel Mercado, un sprinter Hans Dekkers, des grimpeurs Samuel Plouhinec, Moises Dueñas, Manuel Calvente."

Votre sponsor Agritubel semble bien accroché au vélo, ça vous rassure, ça vous motive plus ?
"Bien sûr, on se sent soutenu dans notre travail. Heureusement que ces personnes existent pour se lancer dans ce type de projet. Il faut les encourager à s'investir dans le vélo."

Le Père Noël approche, que faut-il vous souhaiter pour fin décembre ?
"Une bonne santé pour pouvoir profiter des repas en famille et j'en profite pour vous dire ce que j'espère en 2006 : un brin de réussite et des résultats."

Propos recueillis le 11 décembre 2005.