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Interview de Christophe Moreau (Ag2r Prévoyance)

Publié le 16/01/2006 00:05

Interview de Christophe Moreau : "un succès d'étape dans un grand tour vaut bien plus qu'être meilleur Français au général."
Interview de Christophe Moreau : "un succès d'étape dans un grand tour vaut bien plus qu'être meilleur Français au général."

Encore très en vue l'été dernier sur le Tour de France, le Belfortain Christophe Moreau a changé de couleurs à l'intersaison, troquant le vert du Crédit Agricole pour le bleu d'Ag2r Prévoyance. Au sein de cette nouvelle formation, il devra composer avec un autre leader en la personne de Francisco Mancebo. L'occasion pour le coureur Français, toujours très disponible, de changer sa façon de courir. A 34 ans, le Bisontin aborde sa douzième saison chez les professionnels avec le même enthousiasme. Sans être à son poids de forme, le Bisontin est déjà devant tous ses coéquipiers dès qu'il y a des talus à gravir. Et au dire du médecin de l'équipe Ag2r, qui a supervisé tous les tests des coureurs de Vincent Lavenu, Christophe Moreau serait un plus gros moteur que Laurent Brochard. A quelques heuresdu coup d'envoi de la saison, le meilleur Français des trois derniers Tours de France ne manque pas d'ambitions.

Christophe, comment vous sentez-vous sous vos nouvelles couleurs bleues ?
"On a déjà fait un stage à Temple-sur-Lot, en décembre. Je connaissais pas mal de coureurs. Ici, je suis déjà plus imprégné. Et là, je suis en bleu effectivement contrairement à décembre. Tout se passe bien. Ma venue est globalement bien prise, que ce soit par les jeunes coureurs, les mécanos, l'encadrement. Ca prend bien, c'est un bon environnement."

Vous allez prendre la place qu'a laissée vacante Laurent Brochard, chez Ag2r, est-ce votre sentiment ?
"Laurent a beaucoup apporté à l'époque à Ag2r avec ses succès et son positionnement de leader dans l'équipe. Après son départ, ce qui manquait peut-être à cette équipe, c'était de vrais leaders, notamment sur le Tour de France et les courses par étapes. Là, on a la cerise sur le gâteau. On a des leaders et des repères pour les jeunes. Les renforts vont dans le sens de la montée en puissance d'Ag2r."

Si on se retourne sur 2005, comment jugez-vous cette saison ?
"Je n'ai pas gagné, mais j'ai eu le sentiment de bien marcher. Que ce soit sur le Dauphiné, le Tour de Catalogne ou le Tour de France. J'ai failli gagner le Tour du Poitou-Charentes, j'ai été échappé dans la Clasica San Sebastian. Evidemment, j'ai eu une fin de saison moins bonne avec les complications au Crédit Agricole. J'ai raté complètement les Championnats du Monde, pas couru du tout en septembre. J'aurais pu faire un Tour un peu meilleur, mais on connaît les éléments de la dernière semaine qui n'ont pas aidé. En tous cas, il reste de grands souvenirs comme l'étape de Mulhouse : 2ème au général, 2ème de l'étape, 2ème à Pois. Il ne manquait pas grand chose pour transformer ça en un."

On parlait de confiance pour cette dernière semaine du Tour, comment répartir les ingrédients du succès entre l'état de forme, le matériel, la confiance de son manager et de ses équipiers ?
"La condition physique c'est 50-60%, le mental c'est au moins 20 %, et puis la confiance des directeurs sportifs, c'est 5-10 %. Ce sont des choses qui sont acquises, qui ne doivent pas se discuter. Le travail se fait à distance, et puis 10-15 % pour les équipiers, le travail complémentaire fait par eux."

Ce début de saison 2006, comment le prenez-vous ?
"Viser le début de saison spécifiquement, non, mais c'est bien commencer la saison pour et avec Ag2r, être en condition honorable dès les premières courses en février. Après, j'ai un gros programme, à compter d'avril, mai, juin, pour bien arriver au Tour. En ce début de saison, il s'agit de bien entrer en la matière, sans connaître de méformes, d'abandons et de pertes de temps. C'est dans cet état d'esprit que j'arrive. Pas forcément gagner mais bien débuter."

Vous avez signé avec une équipe qui, à l'époque, ne figurait pas dans le ProTour. Avez-vous imaginé ne pas en être ?
"J'ai signé en mon âme et conscience chez Ag2r. Il était possible que l'équipe reste professionnelle continentale, mais par rapport à mon calendrier sportif, les conditions de course, le programme, et cetera, tout était identique pour l'accessit au Tour. Donc ça n'était pas quelque chose de risqué. Maintenant, c'était une étape normale pour Vincent Lavenu de passer ProTour. Il y avait une incertitude, c'est certain. Mais le risque était calculé, la récompense est venue. On peut faire de mauvais choix, là, il s'avère que c'était un très bon choix et tous ces moments me confortent dans mon idée."

Ca sera votre troisième expérience dans une équipe française, vous êtes-vous vus dans une structure étrangère ?
"Disons que l'équipe Festina était à dominante espagnole. C'est vrai, les négociations sont allées bon train avec Ag2r Prévoyance et Saunier Duval-Prodir, et la possibilité a existé que je sois en Espagne. J'ai fait le choix d'une équipe française, avec des objectifs en priorité français. C'est l'association parfaite pour un groupe, un sponsor et le coureur."

Quand vous avez appris la venue de Francisco Mancebo, vous êtes-vous dit que c'était une garantie supplémentaire d'être dans le ProTour ou y avez-vous vu un conflit d'intérêts dans le leadership de l'équipe ?
"J'ai su sa venue avant ma signature. Les choses étaient claires, et elles le seront sur les grandes épreuves comme le Tour de France. Ce qui sera mis en exergue, c'est le meilleur des résultats dans la perspective du général. De mon côté, je serai présent aux côtés de Paco et lui pareil. Sur des étapes comme Mulhouse en 2005, ça me donnera des opportunités. Les jours où il faudra prendre des initiatives, c'est certain qu'être à deux dans le dernier col, ça sera un énorme avantage."

On imaginait pour vous la conquête de maillots, comme le Maillot Jaune et le Maillot à Pois. Est-ce que finalement, vous n'êtes pas mieux comme électron libre pour viser des étapes ?
"C'est pour ça qu'on parlait de coopération, évidemment bonne, entre Mancebo et moi. Je pourrais encore viser le général, je l'ai fait. J'ai encore la motivation, le physique, pour le faire. Maintenant, se libérer et viser des options comme victoire d'étape sur de grosses étapes de montagne, avec le Maillot à Pois au passage, ce sont des options qui me passent par la tête. C'est certain que je ne veux pas être obnubilé par ça, mais Mulhouse sur le Tour, l'expérience de Mende sur le Tour du Languedoc, ont été de grandes expériences. En plus, à chaque fois, j'ai fait un gros rapproché au général. Paco aura plus à se concentrer sur le général, moi sur des opportunités, c'est un bon compromis."

Vous sentez-vous mieux dans ce rôle de chasseur d'étapes ?
"Quand on voit l'étape de Mulhouse, ma cote de popularité a bien progressé. Le public a beaucoup apprécié ce schéma d'attaquant, se découvrir. Je me suis fait frissonner. Et puis, une victoire d'étape dans un grand tour, quand on voit Christophe Le Mével ou David Moncoutié, c'est énorme, bien plus qu'être meilleur Français au général. Ca donne des idées, il y aura du travail à faire auprès de Francisco et prendre des opportunités."

Dernier point, l'équipe de France est-elle toujours une ambition ou seulement une résultante d'une bonne saison ?
"Pour les Championnats du Monde, ça dépend beaucoup de la condition physique, mais aussi le choix de certains. Disons qu'à 80 % c'est la condition qui détermine. Pour les 20 % restants, c'est pas concret. J'en ai fait les frais, je le dis franchement. Maintenant, je ne me prends plus la tête avec ça, savoir si je serai sélectionné ou pas. L'important, c'est d'être en bonne forme donc mériter sa sélection, et rester dans le sportif. Pour le reste, l'équipe de France ne me fait plus rêver, c'est vrai."

Aller à Pékin, donc jusqu'en 2008, c'est trop lointain ou pas ?
"C'est vrai que je ne pourrais pas et ne voudrais pas non plus battre le record de Jeannie Longo ! Continuer ma carrière jusque-là, pourquoi pas mais une chose est certaine, je ne ferai pas la saison en plus qui devient celle de trop, ça serait incorrect vis-à-vis de mes employeurs et ça ne serait pas honnête par rapport à moi-même."

Propos recueillis à L'Isle-sur-la-Sorgue le 11 janvier 2006.

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