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Interview de Vincent Lavenu, manager d'Ag2r La Mondiale

Publié le 25/01/2008 00:20

Interview de Vincent Lavenu : "on a choisi de prendre des coureurs performants sur les courses qui nous intéressent."
Interview de Vincent Lavenu, manager d'Ag2r La Mondiale : "on a choisi de prendre des coureurs performants sur les courses qui nous intéressent."

Vincent, si on revient sur 2007, on a le sentiment d'une saison mitigée pour Ag2r, comment le ressentez-vous ?
"Le Tour n'a pas répondu à toutes nos attentes, à cause de la malchance plus qu'un défaut physique. On avait misé beaucoup d'espoirs sur Christophe Moreau. Il a subi une chute à un moment délicat. Deux jours après, il n'avait pas récupéré sur le contre-la-montre, il a été déstabilisé et nous avions perdu notre ambition première qui était un podium sur le Tour. Tout ça fait que le Tour de France 2007 n'a pas été à la hauteur de ce que l'on attendait. Ce sont les aléas de la course. En dehors de ça, je pense qu'on a réalisé une de nos meilleures saisons. Victoire de Christophe Moreau au Dauphiné, aux Championnats de France, 4ème du classement final par équipes du ProTour, ce qui voulait dire quelque chose en 2007, avec toutes les grandes
courses et toutes les équipes. Ce classement dénotait une grande capacité de notre équipe, il était excellent. Il a montré qu'on a fait une très bonne saison 2007 mais que, sur l'objectif principal, le Tour, on n'a pas atteint notre objectif. Qui plus est après un super Tour 2006, où on était restés sur de très belles choses. On souhaite renouveler tout ça. Or on peut être forts physiquement, mais les pépins, on ne peut les occulter, il faut l'accepter."

A la fin de ce Tour 2007, vous aviez espoir de créer une structure continentale. Où en est le projet ?
"On avait cet objectif avoué assez tard, car le secret est la garantie de réussite. On avait ce dossier d'équipe continentale avant le Tour, et je suis à peu près persuadé que c'est le Tour délétère, la mauvaise image transmise pendant ce Tour, qui ont fait que ce dossier a capoté. Tout simplement. On a un projet global qui existe depuis quelques années, celui de créer des équipes à chaque bout de la chaîne : un centre de formation qui fonctionne très, très bien avec trois coureurs qui sont passés pros chez nous, et d'autres qui sont passés pros ailleurs. Malgré tout, il y a un maillon manquant entre l'équipe ProTour et ce centre de formation. C'est le projet d'équipe continentale. Amener des jeunes qui ont fait des études et beaucoup travaillé le vélo à passer pros, c'est ça l'objectif. On n'y est pas arrivés en 2007, vu le contexte de contre-image liée au vélo. C'est un projet qui mérite de voir le jour. Il a été un peu en sommeil cet hiver, car nous avions beaucoup d'autres sujets à gérer. On espère qu'en 2009, on arrivera à nos fins."

La transition 2007/2008, ce sont de gros changements aux plans humain, technique, partenaires. C'est facile à gérer ou pas ?
"Oui, on a eu beaucoup de modifications. Au plan humain, beaucoup de coureurs nous ont rejoints. Ensuite, La Mondiale nous rejoint aux côtés d'Ag2r. Naturellement, elle est venue communiquer autour de l'équipe ProTour, les deux entreprises sont associées, et la pas a été franchi pour la communication. Au plan technique, plein de changements : les vélos, les vêtements, les groupes. Il y a deux-trois mois de gros travail cet hiver dernier, de mise en place. On passe de B'twin à BH. Décathlon et nous avions décidé de cesser le partenariat. Ca s'est fait facilement de trouver un autre partenaire. Une marque de cycles doit être proche des équipes professionnelles. On avait signé avec BH dès avant le Tour 2007. Ensuite, il faut que l'encadrement apprenne les produits. Ca se fait dans la continuité. Les coureurs Ag2r seront cette année sur des vélos standard, le modèle G4. On a deux coureurs à profils particuliers, dont Stijn Vandenbergh, qui fait 1,99 mètre, et Laurent Mangel. Ils sortent du cadre des trois tailles S, M et L."

L'équipe Ag2r était franco-française dans ses leaders. En 2008, vous êtes plus orientés sur des coureurs étrangers, comment le définiriez-vous ?
"On reste une équipe française, on y tient. Sur trente coureurs, on a douze nationalités, dont dix-huit coureurs français. On a dû gérer le départ de Christophe Moreau, leader charismatique. On s'est séparés bons amis. Je lui souhaite bon vent chez Agritubel, il va leur apporter beaucoup. Pour le remplacer, pas facile de compter sur les coureurs français, où peu peuvent rivaliser. Il a fallu prendre une orientation autre. On a choisi de prendre des coureurs performants sur les courses qui nous intéressent : Dauphiné ou Tour. On s'est d'abord attachés les services de Tadej Valjavec, contact établi à la fin du Tour. Il était intéressé, ça s'est fait. Ensuite, on sentait que le contrat allait se terminer avec Christophe, donc fin septembre, on s'est mis d'accord avec Vladimir Efimkin. A 26 ans, il fait 6ème de la Vuelta, en ayant porté le Maillot Oro. Il a de belles capacités. Tadej et Vladimir viennent épauler des coureurs avec de grosses qualités chez nous, comme Cyril Dessel, que je n'oublie pas. Même si en 2007, il a été fatigué à cause de sa toxoplasmose. En 2008, il a à cœur de bien faire. Donc, si on analyse tous les éléments, on n'a plus de grande vedette charismatique du type Moreau, mais derrière on a des coureurs qui sont bien là comme Valjavec, Calzati, Efimkin, Dessel et plein d'autres qui sont juste en-dessous. Je pense à Stéphane Goubert, très précieux, puis Gadret, Noncentini, Dupont, Degnan. Je crois beaucoup en Gadret, il était devant en haute montagne sur le Giro, avec des gens qui ont triché. C'est une preuve de ses qualités."

Le cas Mancebo avait prouvé que le recrutement à l'étranger comportait des risques, comment l'avez-vous anticipé ?
"C'est clair que l'épisode Mancébo a été un passage difficile pour notre équipe, nos sponsors et pour le cyclisme français en général, car on lutte autant qu'on le peut, et un tel cas, ça fait vraiment mal. Ca m'a pris beaucoup d'énergie, beaucoup déçu, on a pris des risques, on avait regardé notamment ses analyses de sang mais ça n'était pas suffisant. Cet épisode a fait qu'on a pris encore plus de précautions, en amont déjà, dans l'approche et dans l'abord de ces coureurs. Il y a les prises de sang qu'on leur a demandé de nous envoyer eux-mêmes, carnet de santé qui est analysé par notre médecin. Qui plus est, on peut avoir des informations autres, en particulier les coureurs peuvent demander à l'UCI de nous transmettre toutes leurs informations médicales. Une semaine après, on a eu ces informations qui remontent jusqu'à 1999. Avec un gars comme Valjavec, qui nous transmet tous les éléments depuis 1999, on a beaucoup d'éléments, même si ça ne nous prémunira pas à 100 %. Par ailleurs, tous nos coureurs ont signé la lettre d'engagement. Ils subissent un contrôle inopiné, comme par exemple Kangert qu'on a convoqué à Saint-Etienne et qui a subi ce contrôle sans savoir pourquoi il était convoqué. Enfin, on a bordé les contrats avec des articles qui prévoient qu'on peut attaquer en justice un coureur qui se fait prendre, pour préjudice d'image envers notre équipe et l'entreprise. Autre point, l'obligation de donner son ADN, c'est prévu dans tous les contrats."

En 2008, vos ambitions vont-ils plutôt se focaliser sur de grands événements, comme en 2007, ou viser une présence régulière sur l'année ?
"Dans l'histoire de l'équipe, notre ambition a toujours été d'essayer de briller toute l'année. On gagnait pas mal sur l'année, avec une assurance tout risque Jaan Kirsipuu, qui nous a amené 114 victoires, soit près du tiers des victoires depuis notre existence, on a appris à aimer la victoire, avec un point faible en août, après le Tour de France. On sait bien qu'une équipe française se doit de briller sur le Tour, car sinon, on a le sentiment qu'elle a loupé sa saison. Les retombées médiatiques du Tour, c'est 75 % des retombées d'une année, donc d'abord, il faut briller sur le Tour. Historiquement, on a aussi le besoin de briller sur le Dauphiné. Notre siège est en Savoie, on doit s'y montrer à notre avantage. Cette année, on a essayé de bâtir une équipe qui nous apporte des satisfactions à tout moment. On a pris de jeunes coureurs qui ont envie de briller sur les classiques, comme Stijn Vandenbergh ou Cédric Pineau, qui sont jeunes et ont l'envie de classiques. Ce qui nous manque, peut-être, c'est un coureur de très haut niveau, mais c'est difficile en France, donc on a choisi de bâtir notre équipe sur le fond et dans la durée. Depuis deux ans, on a beaucoup recruté de jeunes coureurs. En 2007, cinq jeunes dont trois néo-pros. Il faut leur donner du temps pour que ça paye."

Quelle sera la répartition des rôles sur les grands Tours entre vos leaders français Calzati-Dessel et vos recrues étrangères ?
"Sur le Tour de France, on peut imaginer que Dessel-Efimkin-Valjavec-Goubert, même Gadret, sont sûrs d'être partants. Ensuite, Valjavec sera sur le Giro et on a pas mal de monde prévu sur la Vuelta. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas de leader arrêté au départ. En 2007, on a fait ça pour la première fois, c'était logique vis-à-vis de Christophe, pour un podium sur le Tour. En 2008, on a des coureurs qui sont susceptibles d'être présents sur l'ensemble du Tour mais personne ne sera protégé. On revient à ce qui nous a réussi les autres années."

Si on regarde ce début d'année 2008, il est marqué par la mise en place du système ADAMS, comment sentez-vous tout ça ?
"On vit ça tout naturellement. On sait que pour combattre le dopage, il faut mettre en place des choses strictes, sévères, et le cyclisme est à la pointe là-dessus. On a adhéré à ça, les coureurs sont responsables de tout ça. Ils doivent avoir leur ordinateur. Le cyclisme a changé. Si on en est là, c'est qu'il y a eu des travers, des tricheurs. La grande majorité des coureurs respecte la règle, et il n'y a rien de plus désolant pour eux qui font le métier à bloc, de se faire battre par des gens qui ne respectent pas les règles. La contrainte est forte, elle est valeureuse, elle est mise en place par et pour tous, on paie notre contribution (120 000 euros par équipe), pour que notre sport s'en sorte, il faut en passer par là, sans rechigner."

Autre sujet d'importance, le ProTour, son avenir et le débat UCI-Grands Tours, comment vous situez-vous ?
"C'est une situation difficile pour notre sport, qui manque de points de repères, de clarté, pour les spectateurs, les médias, bref tout le monde. Ca fait pas mal d'années que ça dure. Plus le temps passe, plus les antagonismes sont importants, mais là, c'est désastreux. Il n'y a plus de points de repères quant aux classements, la valeur des épreuves, les grands coureurs, les grandes courses... On n'en est plus là du tout. Ceux qui ont fait l'histoire du vélo et les dirigeants du cyclisme doivent se reparler. Au milieu, il y a les groupes sportifs, qui ont du mal à rester soudés, unis, car on ne défendait pas les mêmes valeurs."

Pour finir, John Gadret participe ce week-end aux Championnats du Monde de cyclo-cross à Trévise. Quel est votre pronostic ?
"Le cœur, ce serait Gadret. Je le luis souhaite de devenir champion du monde. Il monte en puissance, il a fait moins de cyclo-cross en début d'hiver, donc il a perdu en technique, et gagné en puissance. Il fait son retard, on l'a vu le week-end dernier. Je crois que Francis Mourey sera très fort aussi. Et puis Lars Boom, bien sûr. On a une nouvelle génération de coureurs qui arrive, très, très forte. Allez : Gadret puis Mourey et Lars Boom !"

Propos recueillis à Vallescure le 21 janvier 2008.
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