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Interview de Vincent Lavenu, manager d'Ag2r Prévoyance

Publié le 19/01/2006 00:05

Interview de Vincent Lavenu : "le recrutement de Mancebo et Moreau est un coup de maître, l'équipe Ag2r a fière allure."
Interview de Vincent Lavenu : "le recrutement de Mancebo et Moreau est un coup de maître, l'équipe Ag2r a fière allure."

Si on a les amis qu'on mérite, alors Vinvent Lavenu est un type très bien. Il a un lien très fort avec un homme de grande envergure, un patron à dimension humaine, très attentif à son prochain. Normal, il est le patron d'Ag2r Prévoyance. C'est Yvon Breton, dont Vélo 101 vous proposera une interview cette semaine. Le manager d'Ag2r est sans doute le plus discret des managers d'équipes, mais sûrement pas le moins efficace. Recalé du ProTour en 2004, il s'est tu, a bâti son groupe "comme si", et a préparé une nouvelle copie pour 2006, bingo ! C'est tout bon, un recrutement le plus prestigieux des cinq équipes françaises, un cosponsor, et pour bien débuter l'année, un premier maillot bleu-blanc-rouge chez les bleus. Rencontre avec un homme qui a d'abord et avant tout le plaisir de manager des hommes, c'est ce qu'il aime. En 2006, il sera servi avec de grosses personnalités, de grandes ambitions, un gros effectif. il va falloir gérer tout ça !

Vincent, un premier maillot tricolore pour Ag2r à Sedan, quel est votre sentiment ?
"Evidemment, c'est très plaisant de commencer la saison comme ça. J'avoue humblement que je n'étais pas un adepte, ni un spécialiste du cyclo-cross. Pour moi, et pour toute l'équipe, c'était une première d'accompagner un coureur capable de jouer les premiers rôles. Quand on a engagé John Gadret, la première question qui m'est venue à l'esprit, c'était de lui demander s'il allait continuer de faire du cyclo-cross chez nous. J'ai bien compris qu'il souhaitait faire la saison entière, ce que j'ai accepté. En sachant que ce n'est pas incompatible, voyant que les Championnats de France étaient un objectif, voire l'objectif de John, cette saison, on l'a accompagné et c'est avec beaucoup d'émotion qu'on a vécu ce moment ensemble. Les ressources qu'il a démontrées sur le final, c'est peut-être aussi pour nous faire plaisir, montrer ses nouvelles couleurs. Il fallait beaucoup de ressources morales pour l'emporter. C'était un grand moment de sport."

Quand vous l'avez engagé, c'était d'abord pour ses résultats en cyclo-cross ou suite à sa 4ème place aux Championnats de France à Boulogne ?
"C'est un garçon qu'on suivait depuis un an, que j'aurais engagé en 2005, si l'équipe était passée ProTour. En 2004, je lui ai expliqué qu'on ne pouvait pas le prendre, mais il a fini de me convaincre en faisant 4ème aux Championnats de France. Et voilà, c'est un garçon qui n'a pas un passé très important sur la route, il est dur au mal, ça me plaît bien. Première journée chez nous, et un maillot de champion de France, c'est formidable !"

Pourriez-vous donner plus de place aux cyclo-crossmen dans votre recrutement pour les années à venir ?
"Ce que je sais, c'est que j'ai découvert quelque chose de très intéressant, même si évidemment je suivais un peu le cyclo-cross, mais je n'ai pas cette sensibilité qu'a un garçon comme Marc Madiot. Il y a une ferveur, des gens passionnés, des spectateurs, et j'ai vu de beaux coureurs, notamment chez les jeunes. On se rend compte que c'est un sport qui développe des valeurs essentielles pour la réussite d'une carrière sportive de bon niveau. Le fait d'être dur au mal, rigoureux, c'est une des composantes essentielles dans la réussite du cycliste. Les gens qui font du cyclo-cross ne font pas dans la facilité, la météo, etc... Ce sont des garçons qui sont capables d'aller loin, et ça peut servir pour faire une carrière sur la route. On a vu des coureurs comme Pascal Richard et qui, bien avant qu'on l'engage, avait fait ses preuves sur la route comme en cyclo-cross. Ca développe des qualités comme la Vo2 qui peuvent permettre d'être à haut niveau en cyclo-cross et sur la route."

Peut-on faire un parallèle entre le cyclo-cross, où les Français étaient loin et se rapprochent petit à petit grâce à leur sérieux, et la route, où la France est en retard au plan des résultats ?
"Ce qui est vrai en cyclo-cross, il n'y a aucune raison que ça ne soit pas valable sur la route. Pour Gadret, Mourey, Labbe, ce qu'ils ont comme résultats maintenant démontre qu'il ne faut pas se décourager. Je suis résolument optimiste avec la génération qui arrive. On ne doit pas se démotiver. En Italie, on découvre des Cunego, en Espagne des Valverde, il n'y a pas de raison qu'en France, il n'y ait rien. En France, on a un cyclisme solide, au plan des structures d'accueil. D'ailleurs, si l'UCI nous a donné la cinquième licence, avec cette concurrence, ça doit aussi permettre à de jeunes éléments de s'épanouir. Après, on entend tout : 'les coureurs ne travaillent pas assez', c'est sans doute un peu vrai, 'c'est la faute du dopage', c'est sans doute un peu vrai, mais il n'y a pas qu'une vérité. La lutte antidopage, au plan mondial, doit continuer d'avancer. On ne peut pas dire que le cyclisme ne fait rien. Cette année, on a vu des gars de haut niveau tomber, je pense à Heras, et ça c'est bien. Il nous manque le champion pour dynamiser tout ça en France, ça va venir."

Cette licence ProTour obtenue, la jugez-vous comme un aboutissement ou, au contraire, comme le passage d'une petite à une moyenne entreprise ?
"Ce n'est pas un aboutissement, c'est le passage d'une période où on a été oubliés, par la force des choses, quatre équipes dans chacun des pays forts du cyclisme. Après un an d'efforts de notre part, de la part de notre partenaire Ag2r, on a réussi à obtenir cette licence vacante. La qualité du dossier présenté a fait qu'on a eu l'aval de l'UCI. Je prends d'ailleurs ça comme une reconnaissance de l'UCI envers le cyclisme français. Nous sommes classés 9ème nation mondiale, et on est en haut de l'affiche sur les licences ProTour. Ca montre que la France a sûrement raison, et c'est avec un grand soulagement qu'on a appris cette bonne nouvelle. On a été recalés, on a travaillé, Ag2r a crû dans le dossier que je lui ai présenté et c'est super. On a passé un hiver plein de bonheur."

Comment sentez-vous ce groupe 2006 ?
"Tous les managers diront qu'ils ont une superbe équipe, c'est normal. On est satisfaits au même titre que les autres années, mais peut-être un peu plus car on a réussi un coup avant d'avoir la licence ProTour, avec le recrutement de Paco Mancebo et Christophe Moreau. C'est un coup de maître, reconnu par tout le monde du vélo. C'était déjà une belle satisfaction, en complément de l'équipe 2005 qui était déjà très forte. Je dois dire que j'ai vécu une super saison 2005, tant sur le plan sportif, qu'humain sur le plan de l'échange avec les coureurs. Si je fais ce métier, c'est d'abord pour être heureux, et je suis heureux quand je travaille avec des gens que j'aime bien. En 2005, ça a été le cas. On a vécu un Tour de France extraordinaire, un Dauphiné très bien. Cette équipe 2005 était très bonne, en devenir, avec beaucoup de jeunes, et on l'a renforcée avec de beaux et bons coureurs. Aujourd'hui, on est pleins d'espoirs, et l'équipe a fière allure."

Vous n'avez pas le plus gros budget du peloton, vous n'étiez pas dans l'UCI ProTour, comment avez-vous procédé pour réaliser deux des plus gros transferts de l'intersaison ?
"On est dans les budgets moyens, le dixième mondial selon les statistiques de l'UCI (7,2 millions d'euros), avec la particularité de la France, où on laisse énergie et argent en taxes. On est bien, sans plus. Nos partenaires ont réellement fait de beaux efforts, avec la volonté d'être au plus haut niveau. Notre place de 2005 ne nous satisfaisait pas, même si on a fait les belles courses du calendrier. Certes, on n'avait pas les contraintes du ProTour, mais on était considérés comme la petite dernière du peloton, alors que ça n'était pas le cas. Les coureurs, l'encadrement, l'ont ressenti, sans que ce soit méchant, mais c'était pesant. La juste valeur de l'équipe était 9-10ème sur les épreuves ProTour. Maintenant, tout est rentré dans l'ordre, c'est bien."

Aujourd'hui, comment le manager d'Ag2r se situe dans le débat entre les organisateurs des grands tours et l'UCI ?
"On est dans une période un peu trouble de notre sport. Il avait besoin d'une réforme, elle a été mise en place par Hein Verbruggen. C'est une bonne réforme, les fondements sont essentiels, il faut maintenant améliorer. Les organisateurs des trois grands tours n'ont pas adhéré totalement à ce concept, il en est venu une série de désaccords au fil du temps. Et au milieu de tout ça, il y a les équipes. Elles ont souscrit au ProTour, les sponsors ont investi pour ça. En 2005, des épreuves y étaient sans y être, mais ce ProTour a pu se dérouler. En 2006, l'opposition est plus forte, il semblerait qu'au niveau de l'AIGCP, on ait choisi son camp, celui de l'UCI contre les trois grands tours. Un certain nombre de managers souhaiteraient que l'AIGCP se positionne dans une ligne neutre, pour construire le futur et remettre les gens autour de la table. Le ProTour est bon pour le cyclisme, il y a des points d'achoppement, pas insurmontables, il faudrait que la raison l'emporte. On ne sait plus on en est, les spectateurs, les acteurs ont du mal à s'y retrouver. Les investisseurs, aux côtés des équipes, commencent de poser des questions, c'est normal. Et ça montre que les managers d'équipes doivent se positionner pour bâtir et pas se ranger dans un camp aveuglément."

Imaginez-vous une année 2006 où les trois acteurs, l'UCI, les grands tours et les managers d'équipes, se mettent autour de la table à parité ?
"Le cyclisme doit gagner, on est sur le point de gagner. La réforme est bonne, ça n'a jamais été fait avec une telle ampleur. C'était audacieux. Tout ne pouvait pas être parfait, mais il ne faudrait pas que ça se bloque là. On a besoin de retrouver de la sérénité, les sponsors ont besoin d'une vision, leur retour sur investissement. Pour 2007, il faudra trouver une solution, les managers d'équipes doivent être constructifs, la raison doit l'emporter et les équipes doivent se faire entendre."

Dans le même ordre d'idée, on voit la remise en question de la couverture par Sport + de la Coupe de France, ne doit-on pas intégrer cette notion de montée-descente, ne serait-ce que pour redonner leur intérêt aux courses non ProTour ?
"C'est un des points d'achoppements essentiels entre l'UCI et les grands tours, mais j'ai l'impression qu'on bloque sur des mots. Peut-être ne faut-il pas parler de montée-descente. Ag2r a obtenu une licence, donc tout n'est pas fermé. Des sponsors vont arrêter, il faudra remplacer ces équipes, donc ouverture. A nous de réfléchir à un système de licence tournante : le nombre, la durée, on va y arriver en changeant les mots. Jusqu'en 2008, tout est vendu comme tel. Ensuite, place à un système ouvert, pourquoi pas ? On doit s'en sortir."

Pour revenir à Ag2r, diriez-vous qu'avec l'arrivée de Moreau et Mancebo, les départs de Brochard et Kirsipuu ont-été enfin compensés ?
"L'an dernier, on a fait sans eux, c'était une première, notamment Kirsipuu, qui était notre assurance victoires. L'équipe a gagné vingt-et-une fois en 2005, au lieu de vingt-trois en 2004. L'ambiance générale a été extraordinaire. Les équipes doivent vivre, se rebâtir, c'est la loi du genre. C'est vrai que cette année, on a le sentiment d'avoir passé un cap, en engageant deux leaders qui ne jouent pas dans le même registre que Jaan ou Laurent. Sur les grosses courses à étapes, on sera armés pour lutter avec les meilleurs."

Comment seront définis les rôles entre vos leaders sur le Dauphiné, ou le Tour ?
"On ne va pas trop se prendre la tête là-dessus. Christophe va se situer en électron libre, comme en 2005 où il a pris du plaisir. Et puis, à un moment donné, si Mancebo est positionné pour le podium, là seulement, je demanderai à Christophe, s'il est dans une échappée avec un concurrent potentiel pour le podium, de ne pas rouler avec un tel groupe."

Vous découvrirez le Giro, comment l'envisagez-vous ?
"On a des objectifs importants : Tour, Dauphiné et Vuelta, que Mancebo veut gagner. Le Giro, on y sera, ce sera l'occasion pour de jeunes coureurs d'aller faire un grand tour, d'être libres de s'exprimer. A eux d'en profiter. Quand ils seront sur le Tour ou la Vuelta avec un leader, on leur demandera autre chose. Avec trois grands tours, il y en aura pour tout le monde. Ce n'était pas le cas en 2005. Là, ils auront le Tour du Pays-Basque, le Tour de Romandie et le Tour de Suisse pour courir et s'exprimer. En été 2005, des coureurs comme Alexandr Usov, qui est à bon niveau, ont peu couru. Là, il va pouvoir faire de grandes courses."

Quels changements cette licence ProTour a-t-elle entraîné en moyens humains et matériels pour Ag2r ?
"En 2005, déjà, on s'était préparés puisqu'on avait décidé d'engager vingt-cinq coureurs. L'effectif était déjà pléthorique pour une équipe continentale, et ça dans la perspective d'obtenir la licence. Quand on a eu la licence, on était presque prêts, on avait deux noms en attente : Renaud Dion et Hubert Dupont, deux jeunes coureurs Français avec de l'avenir pour les courses par étapes, donc tout ça n'a pas vraiment changé. Le nombre de vélos reste le même, il a fallu acquérir un camion supplémenatire. On va acheter un camping-car, on a pris un directeur sportif, un kiné et un mécano, mais je le répète, on n'a pas transformé l'équipe non plus."

Dernière question, avec un partenaire dans la boulangerie, vous allez être obligés de prendre des coureurs pétris de qualités, ça change quoi ?
"C'est la première mais sûrement pas la dernière fois qu'on la fait, espérons que les résultats iront croissant !"

Propos recueillis à Mousquety le 11 janvier 2006.

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