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Les "Hommes du Tour de France" : Eric Caritoux

Publié le 21/07/2002 13:01

Suite de notre saga les "Hommes du Tour" avec Eric Caritoux : "un coureur peut perdre le Tour au Ventoux".
Suite de notre saga les "Hommes du Tour" avec Eric Caritoux : "un coureur peut perdre le Tour au Mont Ventoux".

Un portail vert, des allées d'arbres fruitiers, une Fiat, des vélos dans le garage et une serviette "Tour de France 1995", c'est bien là qu'habite Eric Caritoux, l'enfant du Ventoux.

D'abord Eric, pouvez-vous vous présenter ?
"Je suis né à Carpentras, le 16 août 1960. J'ai commencé le vélo en cadet première année au club de Carpentras où j'ai toujours été fidèle jusqu'à l'arrêt du vélo."

Quand on a grandi au pied du Ventoux, on doit être fasciné par ce géant ?
"Tous les matins, on le voit et quand on est cycliste, le but c'est de le monter. C'est pour cela que j'ai commencé de le monter dès mon plus jeune âge, pas trop souvent mais deux, trois fois par an."

Quel est votre premier souvenir dans le Ventoux?
"La toute première fois, j'avais 11 ans. J'étais à l'école à Flassan, et je l'ai monté jusqu'au chalet Reynard avec mes parents qui me suivaient en voiture. Je me suis arrêté là, c'était déja pas mal."

Pour vous, pourquoi le Ventoux est-il si spécial ?
"Par rapport aux autres cols, on a 15/16 kilomètres où ça monte sans relâche sur les 21 kilomètres. A part au chalet Reynard où l'on a 300 mètres de plat, cela grimpe dès le virage de Saint-Estève. On met le 21 ou le 23 en fonction de sa condition et jusqu'au sommet on ne peut pas trop changer de braquet. Sur beaucoup d'autres cols, on a deux kilomètres de plat ou cela redescend. Sur le Ventoux, il n'y a aucun endroit pour récupérer."

Votre avis sur le débat versant sud ou nord, quel est le plus difficile ?
"Pour moi, le plus difficile est le côté à partir de Bedoin (NDLR : celui que les coureurs du Tour empruntent cette année) mais à peu de chose près c'est pareil côté Malaucène. On part à 300 mètres pour arriver à 1909, sur 21 kilomètres. Je dirais que côté Malaucène, il y a des passages plus durs et d'autres où l'on peut rajouter deux ou trois dents. Côté Bedoin, il n'y a pas d'endroits où l'on peut se reposer, c'est la grosse différence. La montée par Sault, elle se monte sur le grand plateau, jusqu'au chalet Reynard et puis les 6 derniers kilomètres font la différence. Mais par Sault, c'est juste pour dire "j'ai monté le Ventoux"."

Quels sont vos souvenirs de victoire dans le Ventoux?
"Bizarrement, je ne l'ai pas monté souvent en course. Ma première victoire remonte à 1982 lors du Tour du Vaucluse devant un Russe. Au général, c'est Laurent Fignon qui avait gagné, il était déja pro alors que j'étais amateur. J'ai aussi remporté une victoire d'étape dans Paris-Nice en 1984. J'ai aussi eu une grosse déception sur le Dauphiné, j'étais échappé au pied mais j'ai craqué au chalet Reynard à cause d'une fringale. L'arrivée était jugée à Carpentras et j'ai dû arriver assez loin."

Pas de réussite sur le Tour de France, c'était dû à la pression locale ?
"En tant que coureur sur le Tour, je ne l'ai monté que deux fois, une fois en contre-la-montre (en 1987) puis en 1994 chez Chazal, Eros Poli avait gagné. On est arrivé dans un petit groupe à deux minutes des meilleurs : Indurain, Virenque... Lors de mes meilleures années, on ne l'a jamais monté. Le Ventoux, on le monte règulièrement depuis 3/4 ans mais avant c'était rare car les militaires occupaient le terrain."

Quel est votre sentiment sur le profil de l'étape du 21 juillet ?
"Cela va être une course de côte, c'est plat jusqu'au pied mais après cela peut faire des dégâts et surtout avec la chaleur. Il y a toujours un coureur qui perd le Tour dans la montée. Un coureur ne peut pas gagner le Tour au Ventoux mais il peut le perdre. Avec un coup de barre, il peut y laisser 4/5 minutes."

Un pronostic pour cette étape ?
"Armstrong sera là, c'est sûr. Ensuite, il y a Virenque mais il a baissé de niveau. Cette fois-ci, je pense qu'Armstrong ne laissera personne d'autre que lui gagner."

Si on revient sur votre carrière, quel est le plus grand moment ?
"Plus que le titre de champion de France en 1988/89, c'est la victoire dans le Tour d'Espagne en 1984. Sur trois semaines, la chance joue moins que sur une course d'un jour surtout les championnats de France."

Est-ce que vous diriez avec le recul que le fait d'avoir toujours gardé une activité professionnele en dehors du vélo (l'agriculture), a été préjudiciable à votre palmarès ?
"Ne faire que du vélo m'aurait peut-être permis d'obtenir de meilleurs résultats mais la vie est encore longue au moment où l'on stoppe la carrière de cycliste. A cette époque, il y avait beaucoup moins d'argent, il fallait penser à la reconversion très vite. Avec le recul je ne regrette pas mes choix. Dès ma fin de carrière, je me suis mis au travail, c'est plus facile. Quand j'étais coureur, j'avais acheté des terres que je travaillais en hiver, elles se reposaient pendant la saison cycliste. Deux ans avant la fin de ma carrière, les terres étaient plantées avec des asperges puis de la vigne en raisin de cuve et de table."

Quelle est votre vision du cyclisme français actuellement ?
"On n'a pas encore trouvé les successeurs de Virenque et de Jalabert et dès qu'un jeune pointe le bout du nez, il est monté aux nues par les médias. En plus, d'autres nations ne jouent pas vraiment le jeu mais ça peut revenir comme au début des années 90 pour les Français, il faut le souhaiter."

Quelle sera votre place sur le Tour cette année ?
"C'est la troisième année que je suis pilote pour les invités France Télécom. On part un quart d'heure avant le peloton avec radio course. Je crois que les invités passent vraiment une bonne journée de course."
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dimanche 03 octobre 2021

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